littérature

FUITE NOCTURNE

FUITE NOCTURNE

Quand la Nuit tranche à vif nos prunelles orphelines
Et fait choir sur l’autel
De nos peurs sibyllines
Des éclats de lune aux pâmoisons immortelles,

C’est que le foyer fuit
Par les routes et chemins dans les mains du dégoût,
Dans le brouillard qui luit
— Au fond d’un gouffre amer où le passé sans goût

Vient gaufrer le sol mat.
C’est quand le cri nocturne
Rappelle au cœur meurtri l’examen de Maât
Sur l’arc noir, oblong, d’une église sans fortune.

Mais que glisse au degré ultime du silence
Par l’embrasure hautaine et pleine d’indulgences
De la Maison confuse ?
Un nain aux yeux qui fusent

Sur l’ébahi trompé ; un nain tenant le drap
Et le couteau, la clef, le mouchoir, le prélat,
Le sourire élargi par ses dents coruscantes
Et ses desseins obscurs, sa vision clairvoyante.

Et que ne fait-il pas
En redoublant ses pas,
En chassant la poussière
De ces confins austères ?

Il se met à courir avec le drap unique,
Sautant les vallons morts,
Nous jouant l’affreux sort
Que subit un dormeur vers le réveil cynique.

Car le drap tient le rêve
Et tout se trouble ainsi,
Et tout se fond en sève
Dans le cercueil : le lit.

Jordan Poncet — 14/11/17

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LE POÈTE SOLITAIRE

Eau forte

Eau forte gravée par Eugène Decisy d’après une composition de Rochegrosse ; pour Les Fleurs du mal, 1910

LE POÈTE SOLITAIRE

Tandis que le soleil traverse le beau corps
De la déesse Nout, le poète et ses torts
Côtoient la Jézabel de l’âpre solitude,
Sommeillant sur l’autel de ténébreuses études.

Car ce sont bien des vers qui tournoient dans sa chambre,
Formant de bleus éclairs, orages éclairant l’ambre
Dans laquelle est son âme aux supplices de l’Heure ;
Car ce sont bien des vers qui se noient dans les fleurs

Offertes en offrandes à l’éternité charmante.
Il le sait et maudit ses pensées alcooliques
Que l’amour a souillé par sa ruse avenante.

Sur terre est le secret — au milieu des colchiques — 
De la vie écrit-il, mais parmi les nuées
Se convoite un trésor effaçant nos buées.

Jordan Poncet —  3/11/17

AUTOMNAL

AUTOMNAL

 

J’entends Thoreau qui m’appelle — entre les feuilles
Et mon bourbon dans leurs sillons bourbeux.
Ça ruisselle et ça aime à sortir en deuil ;
Ça gicle au pied des arbres, des brumeux
Sentiers serpentant, couvant le sommeil
— Quelques pas dansant, courant sans pareil.

Au lointain bariolé, rideaux de pluie,
Monceaux de souvenirs humidifiés
Qu’on délaisse, des rêves qu’on oublie
Car ça ruisselle au bas des sacrifiés,
Car le visage embrasse un autre austère
Fracassé dans la flaque, éprit de terre.

Et par le ciel et par l’odeur mesquine,
Sortis sans but, nous rentrons plein de vide
Retrouver le feu, notre chrysalide.
Ou bien, dans le courant des fleurs sanguines,
Nous dérivons à perdre un jour futile
Fut-il aussi morne que volubile ;

Jusqu’aux bois où se répand son essence,
— Sous les ramées et sous les gouttes —
Dévorés par sa clémence,
Sous la mort et le doute
Pour pleurer, pour lire
La Nuit sans cire.

Jordan Poncet, 30/09/17

Être

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Deru – 1979

ÊTRE

Des taches d’encre sur les murs
Et des murmures et des éclats
De voix de temps et de futurs
Sentiers brumeux semblables états
Me déposant sur le rivage
Que les étoiles humidifient
Que les étoiles et leurs visages
Couvrent de rêves auxquels se fient
Se figent les âmes endeuillées

 

Jordan Poncet, 9/08/17

 

Baudelaire aux enfers

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Frontispice pour les Fleurs du mal (1917) par Decisy d’après Rochegrosse

Charles Baudelaire – 1821-1867

À l’occasion du cent cinquantenaire de la mort du poète.

 

BAUDELAIRE AUX ENFERS

 

Baudelaire perdu dans la grande infortune,
Dans une eau-forte où s’épanche le souvenir
D’un temps passé à fuir les souffrances communes.
Baudelaire aux enfers où se meut le délire.

C’est dans tes yeux perçants que germe le dégoût,
C’est celui du rôdeur couchant la solitude
Sur les pavés grisés de l’horreur multitude,
Sur les gravats du ciel que le vers a dissous.

Le désir a gravi les marches de tes pensées,
A gravé sur ton cœur la chaleur de l’Eté
Qui s’en va nonchalant dorer la chevelure

De muses aux seins mouillés par la douce luxure,
Sous des cieux aux relents de voyages éternels
Où se noieront ton âme et l’idéal charnel !

 

              À l’unique dieu Poète

                 Qui jadis vécu

 

Jordan Poncet – 4/03/17

Participation à l’édition 2016-2017 de la Plume de Jaurès

sans-titre

 

  C’est avec grand plaisir que j’eu l’occasion de contribuer à l’édition 2016-2017 de ce journal lycéen, qui, ma foi, est parvenu à regrouper une petite myriade de textes aussi divers qu’intéressants. Poèmes, articles sur l’orientation, l’action et l’engagement citoyens, nouvelle et très beaux dessins sont à découvrir ici.